Le PUITS d'OSIRIS


D'emblée, il y a le visible et l'invisible, la lumière et l'ombre, ce qui est dit et ce qui se cache. En surface, les visiteurs cheminent sur la route d'asphalte, chaque année battue et rebattue par des millions de pas, qui mène, sous le soleil d'Egypte, du Sphinx monumental aux grandes pyramides de Khéops, Khéphren et de mykhérinos, dont les pointes sont dressées vers le ciel. Cependant, à une centaine de mètres à peine de ce flux humain continu, à fleur de désert, s'esquissent de petits tumulus couleur plage creusés comme des châteaux de sable, et des puits profonds recouverts de grilles qui semblent n’aboutir à rien. Le puits d’Osiris, ainsi appelé par le docteur Zahi Hawass, trop bien connu des égyptologues, est l’un de ces lieux secrets bien gardé qui font l’objet de tant de spéculations.
 
Localisation
clipboard01-1.jpgEmplacement du puits sous la chaussée montante de Khéphren
 
Sous la chaussée montante de Khéphren, à moins de 200 mètres du Sphinx, un puits sondé dans les années 1930 par l’égyptologue Sélim Hassan attendait d’être à nouveau exploité.
 
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Entrée sous la chaussée montante de Khéphren
 
Ce puits était alors composé de trois niveaux souterrains dont le plus éloigné de la surface, situé à plus de 30 mètres de profondeur, était inondé. Comme à l’époque le pompage s’était montré inefficace pour assécher cette dernière salle, il fut impossible de fouiller plus loin que le second niveau, mais Sélim Hassan pensait que ce puits datait de l’époque Saïte. Dans un article du mois de mars 1935 paru dans le Daily Telegraph, l’égyptologue faisait part de sa découverte et des raisons qui le faisaient interrompre ses recherches.

Dans les années 1995/97, grâce à la complicité d’un gardien qui m’était redevable, j’ai pu m’introduire dans ce puits.

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Entrée du puits d'Osiris
 
Il a fallu enjamber la grille qui entourait un trou béant, la clé du portillon ayant été perdue il y a bien longtemps, pour qu’une échelle de métal rouillé permette de plonger à la verticale 10 mètres plus bas.
 
Après avoir partiellement dégagé le fond de la première partie verticale bouchée par du sable et des détritus, je me suis introduit dans une première chambre située à 7 mètres de la surface. Cette première salle d’environ 6 mètres sur 4 était vide, sans aucune inscription, et ne comportait dans sa partie Nord, qu’un second puits accédant à une seconde chambre située 15 mètres plus bas.
 
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Au fond de la première salle, échelle d'accès à la seconde
 
Cette seconde salle, creusée dans le calcaire, de même surface que la première mais décalée vers le Nord était orientée Nord-Sud et comportait 7 niches taillée dans le rocher, dont 3 à droite, trois à gauche, et une dans la paroi Nord.
 
clipboard04-2.jpgObservation des niche du second niveau
 
La seconde niche de droite ainsi que la troisième niche de gauche contenaient chacune un sarcophage de pierre dont le couvercle avait été fracturé et entrebâillé. L’analyse de poteries et d’os trouvés autour des sarcophages permis de les dater à 500 ans avant J.-C..
 
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Les deux sarcophage en pierre du second niveau
 
A l’Est, la première niche contenait un puits vertical de 9 mètres, aux parois recouvertes de sel épais, menant à la troisième salle souterraine inondée.
 
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Passage vertical vers la salle du 3e niveau
 
clipboard07b.jpgEchelle permettant de descendre vers le troisième niveau
 
Hérodote le Grec, père de l'histoire, est venu en Egypte 5 siècles avant Jésus-Christ ; il a raconté les pyramides et parlé d'une mystérieuse tombe entourée d'une étendue d'eau, où serait enterré le pharaon Khéops.  Hérodote le sage n'est sûrement pas descendu au fond de ces trois puits.  De l'eau ici... De quoi parlait-il ?
 
Soudain, l'échelle bute contre la paroi, il faut tourner autour des barreaux et se laisser glisser au sol.  Dans un silence de pierre résonne un étrange goutte-à-goutte.  On lève haut sa lampe qui éclaire les restes de quatre piliers soutenant une salle basse rectangulaire, masse écrasante et inachevée.
 
clipboard19.jpgArrivée au troisième niveau du puit
 
Orientée Est-Ouest, cette salle se trouvait donc à 30 mètres de profondeur. Durant l’hiver 1996/97, le niveau de l’eau ayant baissé de façon significative, j’ai donc pu pénétrer dans cette salle.
 
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Le puits à partie de l'échelle d'accès

 

D’environ 10 mètres sur 8, ses murs étaient parfaitement lisses, son plafond haut d’environ 6 mètres était légèrement en pente vers l’Ouest.

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Dans la salle du troisième niveau

Une sorte de terre plein au centre de la salle était entouré sur 3 côtés d’une sorte de canal dont l’eau était très claire.

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Intérieur de la salle du troisième niveau et vue sur l'eau qui la ceint

Dans l’angle Nord-Ouest, se trouvait une amorce de galerie qui semblait trop petite pour avoir été un passage menant aux pyramides mais qui pourrait avoir servi d’entrée d’eau. Dans cette salle, comme dans celles des étages supérieurs, il ne fut trouvé aucun signe hiéroglyphique ou ornement. En observant les différentes cavités à l’aide d’un sismographe, j’ai relevé la présence d’un tunnel traversant cette salle d’Est en Ouest. D’autre part, l’eau contenue dans les canaux étant une eau pure et non stagnante, j’ai constaté qu’un léger courant attestait d’une pente en direction du Sphinx. En octobre 1997, une équipe de chercheurs et moi-même nous sommes rendus dans ce puits, et notamment dans cette dernière salle pour vérifier la permanence du phénomène et projeter le dégagement des galeries bouchées par le sable et les pierres tombées lors des derniers séismes.

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Mesures prises au centre de la salle au-dessus du sarcophage

Après avoir effectué quelques mesures et pris bon nombre de photographies, nous sommes remontés à la surface pour y confronter nos travaux.

En effectuant des sondages, nous avons découvert un couvercle de sarcophage enterré sous des détritus.

L’observation du courant d’eau traversant la salle, nous avait convaincu de commencer les travaux par le dégagement du canal dans l’angle Sud-Est. Ainsi, si comme nous l’avions suggéré, une galerie existait bien à cet endroit, la salle se viderait d’elle même en direction du Sphinx et du Nil. Il semble que nos instructions aient été mal interprétées car au printemps 1998, suite à la diffusion de nos hypothèses de travail par l’inspecteur nous en ayant permis l’accès, le Dr.Zahi Hawass, à l’époque Sous-secrétaire d'Etat pour les Monuments Giza, a fait dégager ce troisième niveau par une équipe égyptienne, en employant un équipement moderne de pompage pour réduire le niveau d’eau.

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Ouvrier au travail dans la salle du troisième niveau

Les ouvriers du Dr Zahi Hawass ont commencé le dégagement par l’angle Nord-Ouest et ont noyée la salle. En effet l’eau ne venait pas de la direction du Nil, mais du désert libyque.  Ce tunnel, par où l’eau s’est écoulée dans la chambre souterraine, fut exploré sur une longueur de 6 mètres. Les ouvriers ont constaté que ce tunnel était clos, soit par éboulement soit inachevé, et ont décrété qu’il ne menait nulle part. Il est vrai que les conditions dans lesquelles ces ouvriers travaillaient, de l’eau jusqu’à la taille, ne les incitaient pas à forcer leur talent.

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Découverte du dessus du sarcophage après dégagement

Le couvercle du sarcophage enterré au centre de cette salle et couvert par une lame d’eau naturelle peu profonde fut dégagé de ses détritus.

Après pompage de l’eau et travaux de dégagement, il est apparu que ce couvercle couvrait un sarcophage de granit posé sur le sol entouré par les restes de quatre piliers ceinturés par un mur de roches formant un rectangle autour d’une dépression d’environ un mètre de largeur. Autour de ce mur se trouvait un canal rempli d'eau, lui-même entourée par les murs de la chambre.

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Dégagement et ouverture du sarcophage

Le sarcophage était construit en forme de " Bir " hiéroglyphique ou " Maison d'Osiris ". Après déplacement du couvercle, le Dr. Zahi Hawass aurait découvert, inscrit dans la terre, le mot hiéroglyphique "pr", signifiant "la maison". On sait que le plateau de Giza a été appelé "pr wsir nb rstaw", ou "la maison d'Osiris, le Lord de Rastaw." Le nom "Rastaw" se réfère aux tunnels souterrains et très probablement, le nom du plateau est en relation avec les tunnels qui mènent à l'intérieur du Puits d’Osiris. La chambre finale qui fut ainsi trouvée était peut être un tombeau symbolique pour le dieu Osiris, le dieu des morts qui protégeait les tunnels souterrains et les tombeaux des rois. C’est pourquoi le Dr Zahi Hawass l’a nommée " le puits d’Osiris ".

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Le sarcophage ouvert devant Zahi Hawass

Aux dire des ouvriers qui ont effectués les travaux, ne furent trouvés dans ce sarcophage que de la boue et un doigtier en or. Il va de soi que submergé durant des siècles, aucun corps n’avait pu s’y conserver.

Cependant, des objets trouvés dans ce tunnel, auraient été datés par Zahi Hawass, du Nouvel Empire, soit 1550 avant J.-C..

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Membre de mon équipe autour du sarcophage

Compte tenu de la difficulté d’accès et de l’ampleur des travaux, Zahi Hawass a considéré que plus rien ne pouvait être trouvé d’intéressant et a fait suspendre toutes recherches, laissant se remplir la salle à nouveau.

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C'est ainsi que disparaissent les vestiges les plus importants, sous la responsabilité du tout nouveau ministre Zahi Hawass.


 

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