MOÏSE L'EGYPTIEN (5)

MOÏSE L'EGYPTIEN

 

(HYPOTHESE DE TRAVAIL)

 

 

LA DISPARITION

DE SENENMOUT

 

La durée de vie de Senenmout et même son sort sous le règne unique de Thoutmosis III sont historiquement inconnus. Curieusement sa chambre funéraire (tombe 353) n'a jamais été terminée. Quand elle fut découverte en 1927 des morceaux détachés lors du creusement de la tombe obstruaient encore les passages, et les chambres inférieures, bien que soigneusement préparées et prêtes pour le pinceau du dessinateur et le ciseau du sculpteur, étaient demeurées sans décor. Aucune trace d'équipement funéraire ou d'inhumation ne fut découverte, mais un mur de briques de boue avait été soigneusement construit à l'entrée par les derniers ouvriers. Le sarcophage inutilisé de Senenmout creusé dans le quartzite rouge et sculpté d'après les modèles royaux contemporains fut retrouvé brisé en plusieurs centaines de fragments sur le sol de sa chapelle funéraire.

Le fait que tant de monuments de Senenmout, comme ceux d'Hatshepsout présentent des signes de dommages intentionnels a poussé les historiens à supposer qu'il tomba en disgrâce et fut rejeté après la mort de la reine peut-être par Thoutmosis III lui-même qui n'avait probablement jamais accepté l'homme qui avait aidé sa belle-mère et tante à "usurper" le trône. Une évaluation plus précise des dommages faits sur les statues de Senenmout et dans sa tombe révèle cependant qu'ils furent limités. Rien n'est comparable à cette sorte de profanation entreprise contre les monuments d'Hatshepsout. Ainsi par exemple, dans sa chapelle funéraire publique (tombe n° 71), seul son nom a été effacé des murs, alors qu'aux endroits où son visage et son effigie subsistent, ils sont toujours restés intacts. Sur les statues qu'il plaça bien en vue dans les temples, les attaques contre son nom n'ont pas été menées de manière systématique : son nom a été effacé sur neuf de ses statues alors qu'il est resté intact sur les quatorze autres. En fait, certaines de ces agressions peuvent avoir été une erreur : le nom de Senenmout comporte l'élément "mwt" qui peut avoir été lu comme une référence à la déesse Moût qui fut persécutée avec Amon durant le règne d'Akhenaton.

Là où Senenmout apparaît sur les reliefs du Pount et dans les niches cachées à Deir El Bahari, son effigie  entière et  le  texte  l'accompagnant sont systématiquement effacés. Cependant, ces "attaques" contre Senenmout sur les monuments d'Hatshepsout se rapportent seulement à la volonté de Thoutmosis III de réécrire l'histoire du règne de la reine et ne traduisent pas nécessairement une antipathie envers Senenmout lui-même.

Sa  tombe  creusée  dans  le  rocher  à  Djebel  el  Silsileh  montre  le  même effacement total de son nom et de son effigie, en plus de ceux d'Hatshepsout, et il est vraisemblable que la tombe était également perçue comme une cible pour le révisionnisme historique comme le furent les propres monuments royaux de la reine.

En 1486 avant J.-C., tout se gâte avec la mort du grand prêtre d'Amon, Hapouseneb. Quelques mois plus tard, une maladie ou un accident emporte la jeune princesse Néferourê.

A cette même époque, une inscription de la reine Hatshepsout se réfère à la restauration de l’Egypte après que les Hyksos aient été expulsés de la région du delta. « J’ai restauré ce qui était en ruines, j’ai terminé ce qui était inachevé. Autrefois, les Asiatiques étaient à Avaris dans le Nord (delta), et les barbares étaient avec eux, renversant ce qui avait été fait, tandis qu’ils gouvernaient dans l’ignorance de Rê ».

Ce passage nous précise que « les Hébreux et les barbares d’Asie » qui vivaient dans le delta n’adoraient pas le dieu Rê des égyptiens. Que si les Hébreux n’ont pas pris parti pour leurs bienfaiteurs dans la lutte armée qui les opposaient aux Hyksos, ils n’avaient plus aucun droit de rester dans le delta. Les égyptiens qui leur avaient donné l’autorisation d’y vivre par un statut spécial leur annulaient ce droit. Et puisqu’ils ne voulaient pas partir du pays, ces gens robustes, industrieux et paisibles seront asservis.

A partir de cet instant, le précepteur de la fille de la reine disparaît de la scène politique. Certains historiens pensent qu’il tombe en disgrâce, ce qui peut paraître surprenant au vu de sa carrière et de son influence à la cour. Cependant, un rapide calcul fait apparaître que Senenmout est alors âgé de 40 ans, le même âge que la Bible attribue à Moïse lorsqu’il a quitté l’Egypte pour aller vivre dans le désert du Sinaï.

C’est  ici  que  plane un mystère sur la vie de Senenmout. La Bible raconte que le prince Moïse aurait tué un égyptien surpris brutalisant un Hébreux, et que sa punition aurait été le bannissement de la terre d’Egypte. Cela semble peu vraisemblable à une époque où le roi et ses hauts fonctionnaires avaient droit de vie et de mort sur leurs sujets.

Thoutmosis III aurait-il eu connaissance des origines sémites de Senenmout lorsque celui-ci a déplacé la sépulture de son père pour la mettre dans son propre caveau ? Sous son règne, la Palestine ainsi que la Syrie était en guerre contre l’Egypte, et il ne faisait pas bon d’appartenir à la communauté des Hébreux. Il s’agissait alors d’une guerre de religion idéologique et intolérante où le roi  était considéré comme un dieu vivant et universel. Croire en un autre dieu que lui-même était hérétique et puni de mort, voire de travaux forcés.

Senenmout dû représenter un réel danger pour le co-régent Thoutmosis III ou pour les prêtres d’Amon, qui, usant de leur autorité spirituelle sur la reine, réclamèrent vraisemblablement son bannissement. Ce n’est certainement pas sans contrainte et affliction que la reine du prendre la décision de chasser Senenmout de son palais.

Senenmout fut vraisemblablement banni de la cour de pharaon pour avoir caché ses origines, mais surtout pour avoir soutenu la reine Hatshepsout durant les vingt années de son règne où elle assura la régence du pouvoir. Trop puissant pour être assassiné, le prétexte était tout trouvé pour écarter Senenmout à partir du moment où la reine avait abdiqué en faveur de son gendre. 

Ayant perdu ses soutiens, Hatshepsout, qui s’était maintenue durablement sur le trône d’Egypte comprend alors que c'est Menkheperrê ThoutmosisIII qui va lui succéder et à contrecœur, elle scelle le mariage du roi avec son autre fille, la princesse Meritrê Hatshepsout.

Après 40 ans passés dans le désert, Moïse revient en Egypte chercher les siens qui souffrent sous le joug du pharaon tyran.

Entre temps que s’est-il donc passé en Egypte ? Après le décès de la reine Hatshepsout en  l’an 1468, Thoutmosis III règnera encore 30 ans, soit jusqu’en 1438 avant notre ère. Il ne fait alors aucun doute qu’il s’agit bien du pharaon de l’exode, puisque d’après la Bible, les Hébreux se seraient enfuit entre les années 1446 et 1447 avant J.-C..

 

 

CONCLUSION

 

Notre hypothèse est certes très différente de celle des historiens et peut paraître surprenante.

Que Moïse (fils de Isis) sauvé des eaux, ait été appelé SenENmout (le frère de la mère), et qu’il ait eu un destin royal ne laisse aucune place au doute, car les chroniqueurs du Nouvel Empire, habituellement si prolixes dans leur fonction de journalisme, n’auraient pas manqué de signaler l’histoire de ce prince d’origine étrangère. D’autre part, si l’hypothèse généralement admise, d’un Moïse demi-frère de Ramsès II ne correspond plus avec les dates avancées dans la Bible, c’est à la science qu’on le doit. Les roues des chars utilisés par Ramsès pour faire la guerre, peuvent être examinées sur tous les superbes reliefs de la XIXe dynastie décrivant notamment la bataille de Quadesh. Ces roues possèdent 6 rayons, comme tous les autres chars des époques postérieures à la XVIIIe dynastie.

Il semble cependant qu’il y eut plusieurs exodes du peuple hébreu, et si l’on en croit les textes juifs, il y eut également deux Moïse dans l’histoire de ce peuple. Le Mythe et la réalité se confondent jusque dans nos références judéo-chrétiennes, et c’est avec prudence et humilité que nous devons interpréter ces textes de la Bible qui, bien que respectables, ne sont que la compilation de traditions orales véhiculées depuis plus d’un millénaire par des prêtres qui ont pu de temps à autre embellir la vérité.

Le pharaon de cet Exode conduit par Moïse, « l’enfant sauvé des eaux », semble être Thoutmosis III. Des éléments de première importance le confirment mais des zones d’ombres subsistent qui pourraient peut-être infirmer ou confirmer cette thèse.

La vérité n’est que l’intime conviction des hommes parfois éclairés, dont le charisme a su convaincre les foules. Elle colle à l’histoire mais ne fait que l’interpréter. Le pouvoir dont certains se sont emparés, civil ou spirituel, ne repose que sur des inventions créées par l’homme pour asservir ses semblables. Aussi faut-il acquérir sa propre liberté intellectuelle avant de rechercher dans celle des autres la vérité qui sera la nôtre.


 

Robert MINGAM

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