MOÏSE L'EGYPTIEN (3)

MOÏSE L'EGYPTIEN

 

(HYPOTHESE DE TRAVAIL)

 

 

MOÏSE - SENENMOUT

 

C’est sous le règne de la reine Hatshepsout que l’histoire de Moïse se juxtaposera à celle de Senenmout, le général qui revint victorieux de Nubie, l’architecte, l’homme politique influent, le conseiller à la cour et précepteur de Neferourê, la fille de la reine Hatshepsout. Ce n’était déjà plus sous le nom de Moïse qu’il se présentera à la cour de Thoutmosis 1er, de Thoutmosis II et de la reine Hatshepsout, mais sous celui de Senenmout signifiant en égyptien « le Frère de la mère ». Ce nom est d’une importance extrême car une écriture de la Bible met en lumière la situation de Moïse à la cour de Pharaon: HEB 11 :24. « Par la foi Moïse, refusa d’être appelé le fils de la fille de Pharaon ». Pour cause, es qualité de fils adoptif du roi et successeur éventuel sur le trône d’Egypte il était donc le frère de la mère d’ Hatshepsout, c’est-à-dire son oncle.

Cette version de la jeunesse de Moïse, bien qu’étayé par des faits tirés de la Bible et des textes égyptiens n’est bien entendu qu’hypothèse de ma part, car nombre d’éminents égyptologues se sont penchés sur la jeunesse supposée de Senenmout.

Celui-ci, bien que sans preuves attestées par les archives assez nombreuses de l’époque, serait né à Hermonthis, à environ trente kilomètres au Sud de Louxor. Son père Ramosé et sa mère Hatnéfer (surnommée Tioutiou) auraient pu être originaires du pays de Ouaouat (Basse-Nubie égyptienne située entre les deux premières cataractes), et auraient vraisemblablement été au service de la reine Ahmès, la mère d’Hatshepsout. Certains égyptologues pensent qu’ils auraient fait partie d’un groupe d’anciens notables, prisonniers de guerre sous Thoutmosis 1er. 

Notre hypothèse est certes très différente de celle des historiens et peut paraître surprenante. Cependant les dates et les écrits parlent d’eux-mêmes, et si les allégations de la Bible, compilation de textes plus anciens relèvent d’une vérité historique, notre hypothèse est plus que probable quant à la double identité de Moïse-Senenmout.

C’est en rapprochant les coïncidences astronomiques relatées par les chroniqueurs des époques pharaoniques, avec des faits ayant eu lieu au cours du règne de certains rois, et la chronologie judéo-chrétienne, que nous pouvons très exactement dater certains évènements, tels que ceux qui figurent dans la Bible. Mais encore faut-il admettre que ceux-ci reflètent une certaine vérité et ne soient pas du domaine du symbole car toute hypothèse n’aurait plus aucun sens.

Que Moïse (fils de Isis) sauvé des eaux, ait été appelé Senmout (le frère de la mère), et qu’il ait eu un destin royal ne laisse aucune place au doute, car les chroniqueurs du Nouvel Empire, habituellement si prolixes dans leur fonction de journalisme, n’auraient pas manqué de signaler l’histoire de ce prince d’origine étrangère. D’autre part, si l’hypothèse généralement admise, d’un Moïse demi-frère de Ramsès II ne correspond plus avec les dates avancées dans la Bible, c’est à la science qu’on le doit. Les roues des chars utilisés par Ramsès pour faire la guerre, peuvent être examinées sur tous les superbes reliefs de la XIXe dynastie décrivant notamment la bataille de Quadesh. Ces roues possèdent 6 rayons, comme tous les autres chars des époques postérieures à la XVIIIe dynastie.

Ramsès II sur son char à 6 rayons (temple d’Abou Simbel)

Il semble cependant qu’il y eut plusieurs exodes du peuple hébreu, et si l’on en croit les textes juifs, il y eut également deux Moïse dans l’histoire de ce peuple. Le Mythe et la réalité se confondent jusque dans nos références judéo-chrétiennes, et c’est avec prudence et humilité que nous devons interpréter ces textes de la Bible qui, bien que respectables, ne sont que la compilation de traditions orales véhiculées depuis plus d’un millénaire par des prêtres qui ont pu de temps à autre embellir la vérité.

La vérité n’est que l’intime conviction des hommes parfois éclairés, dont le charisme a su convaincre les foules. Elle colle à l’histoire mais ne fait que l’interpréter. Le pouvoir dont certains se sont emparés, civil ou spirituel, ne repose que sur des inventions créées par l’homme pour asservir ses semblables. Aussi faut-il acquérir sa propre liberté intellectuelle avant de rechercher dans celle des autres la vérité qui sera la nôtre.

Alors, ce que l’on sait avec certitude, c’est qu’à l’âge de 19 ans, Moïse, tout comme Senenmout auraient participés à trois campagnes contre les Nubiens et qu’ils s’y serait illustré, mais ce que l’on ne sait pas, c’est comment et surtout pourquoi la reine Ahmès se serait adjoint le jeune garçon dans la fonction de « père nourricier » de Néférourê et de Mérytrê-Hatshepsout, les deux filles de Thoutmosis II et d’Hatshepsout s’il n’appartenait pas de près ou de loin à la famille royale.

Après la mort d’Aménophis 1er et d’Ahmès Hoteb Tari, Hatshepsout était son seul lien avec la famille royale. Il convenait alors de justifier de son titre et de sa qualité royale de la manière la plus acceptable par les tous puissants prêtres de Thèbes.

Craignant le ressentiment de Thoutmosis II qui n’avait jamais caché sa haine pour le prince Senenmout, Hatshepsout décida de lui confier un grand ouvrage. Ce chantier de longue haleine retiendrait Senenmout durant des années auprès d’elle et empêcherait Thoutmosis de l’envoyer périr d’ennui dans quelque pays lointain en déguisant cet exil sous la pompe dérisoire d’un titre de gouverneur. Elle lui commanda la construction d’un grand  temple  funéraire sur un site choisi entre la Vallée des rois et la Vallée des reines, et qui devrait servir en quelque sorte d’antichambre au tombeau secret et inaccessible, creusé dans la paroi de la montagne de Thèbes. Cet emplacement situé dans un cirque grandiose, juste en face du grand temple de Karnak,  où  la  majesté du lieu consacré à  la  déesse Hathor avait déjà attiré le roi Mentouhotep de la XIe dynastie, qui régna sans partage 53 ans sur la Haute et le Basse Egypte et s’y fit construire un grand temple surmonté d’une pyramide. Entre ce vieux monument et la paroi rocheuse, il y avait juste la largeur nécessaire pour l’édifice projeté par la reine.

Avec son épouse Hatshepsout, Thoutmosis aura deux filles, Neferourâ et Méritré. Mais la mésentente du couple s’était pervertit lorsque d’une concubine nommée Isis naquit un fils nommé Thoutmosis qui, après 22 années de corégence avec la reine, montera sur le trône de Haute et de Basse Egypte sous le nom de Thoutmosis III.

Pendant près de vingt ans, le Grand Intendant d’Amon, Senenmout, fut l’un des plus  puissants personnages officiels du Nouvel Empire et joua un rôle clef dans les affaires du royaume lors de la corégence de Thoutmosis III et d’Hatshepsout.  En raison de ses relations étroites avec la famille royale, il réunit un nombre impressionnant de monuments privé qui fournissent une information sur presque toutes les étapes de sa carrière. Vraisemblablement très doué, il avait eu une formation de scribe puis d’architecte avant d’embrasser la carrière militaire sous Thoutmosis 1er. Habile diplomate et brillant administrateur, il fut nommé précepteur de la princesse Neferouré avant de se distinguer dans différents projets architecturaux en qualité de « directeur de chaque projet du roi ».

Statue cube de Senenmout et de Neferourê

Senenmout, « reçu au palais avec amour », présidera le conseil secret de la couronne. C’était un esprit universel qui dirigera les travaux du temple  funéraire  de la reine,   tout en  étant à la cour l’ambassadeur de la maçonnerie égyptienne, épine dorsale du monde ouvrier, et puissance occulte car présente en chaque temple.

Senenmout mains levées en signe de vénération

Les noms de Senenmout et de la reine sont associés sur plusieurs monuments, par exemple sur un rocher d’Assouan, sur un cénotaphe, sur des dépôts de fondation de la chapelle d’Hathor à Deir el-Bahari et sur les murs des petites niches du temple de la reine. Ils ne sont pas associés comme un souverain et son sujet, mais plutôt comme deux personnages du même rang, on oserait presque dire comme deux époux. Ce n’est pas rare en Egypte ancienne que l’architecte occupe un statut exceptionnel, mais jamais il ne s’est élevé au rang du roi, fut-il issu de sa famille.

En dépit du grand nombre de documents qui éclairent sa vie, Senenmout demeure l’une des plus énigmatiques figures de la XVIIIe dynastie. Son premier poste administratif connu a un rapport avec la maison royale et ces charges peuvent lui avoir été données par Thoutmosis II. Plusieurs de ses monuments qui sont datés d’avant l’accession d’Hatshepsout à la royauté le mentionnent comme tuteur de l’héritière royale Neférou-Rê, un titre influent qui le place en contact étroit avec la famille régnante. Durant toute la XVIIe dynastie, les nourrices et les tuteurs des enfants royaux étaient souvent honorés quand leur pupille accédait au trône, et à ce poste Senenmout fit preuve d’exceptionnelles capacités administratives. Durant ses premières années, il fut également serviteur des domaines de Néférou-Rê et de la reine Hatshepsout elle-même, un titre qui lui permit d’exercer un contrôle direct sur les richesses familiales des deux personnes royales.

Hatshepsout eut un parti à elle, vraisemblablement dirigé par son oncle  Senenmout, dont le nom signifie qu’il vivait en fraternité avec la Grande Mère qui protège l’Egypte. Au moment où celle-ci proclame sa propre royauté, probablement autour de la 5e ou la 7e année du règne de Thoutmosis III, la reine fera de son protégé Senenmout son Maître d’œuvre « le plus grand des grands de tout le pays, le supérieur des supérieurs, le chef des chefs de toutes les provinces ». Celui-ci exercera jusqu’à sa disparition : la responsabilité de « Grand Intendant d’Amon ». Ce titre fit de lui le responsable de l’administration chargée de veiller aux jeunes pousses du domaine du temple d’Amon à Karnak. Plusieurs autres travaux se rapportant à la fonction d’intendant lui furent rapidement donnés, en l’occurrence la surveillance des champs, des troupeaux, des greniers et des jardins du domaine d’Amon. Il fut impliqué dans la vie religieuse du temple comme l’attestent plusieurs de ses titres sacerdotaux. En tant que Grand Intendant, il continua à exercer son contrôle sur les projets de construction liés à une série de nouveaux édifices, non seulement à Karnak, mais également dans l’enceinte de la déesse Mout, située juste au Sud du complexe d’Amon. Senenmout porta aussi le titre de « contremaître des travaux d’Amon  dans le Djeder Djeserou », le nom du grand temple funéraire d’Hatshepsout sur la rive Ouest du Nil. Bien qu’ordinairement reconnu comme l’architecte du temple de la reine, ce titre apparaît seulement sur deux de ses cinquante monuments recensés.

Un grand nombre de statues commémorent les années fastes de Senenmout sous le règne d’Hatshepsout. Plusieurs d'entre elles furent offertes par la famille régnante et illustrent l'ensemble des grands courants des ateliers royaux.  Ces sculptures montrent une originalité étonnante de la pose et des gestes, en particulier celles (au nombre de dix) qui montrent Senenmout en tant que tuteur de Néférou-Rê, la charge qui lui permit à l'origine d'entrer au palais.

Détail du visage de Senenmout et Néférou-Rê sur l’une des statues cubes le représentant en tuteur. Figurée sous les traits d’une enfant, la princesse tient son doigt devant la bouche. (Musée du Caire, CG 42116).

Une statue unique le représente en position de marche tenant la petite princesse devant lui une main en dessous d'elle et l'autre dans son dos.